Lorsque vous achetez des pneus, il y a une étiquette collée dessus. Une note de A à E annonce leur « résistance au roulement ». Le terme est technique, mais l'idée derrière est simple : c'est ce qui détermine si vos pneus vous font consommer un peu plus ou un peu moins de carburant.
Cette étiquette ne s'arrête pas là : elle note aussi le freinage sur sol mouillé et le bruit émis par le pneu. Trois critères, trois notes, affichées côte à côte sur chaque pneu vendu en Europe. Certains modèles décrochent la meilleure note sur les trois à la fois : on parle alors de pneus « AAA ». Une performance rare, qui suppose une vraie maîtrise technique de la part du manufacturier. On vous explique comment ça marche, comment c'est mesuré, et ce que ça change vraiment au quotidien.
Ce qu'il faut retenir
- La résistance au roulement correspond à l'énergie perdue lorsque le pneu se déforme sous le poids du véhicule, un phénomène appelé hystérèse, que le moteur doit compenser en carburant.
- Elle se mesure selon la norme ISO 28580 et donne lieu à une note de A à E sur l'étiquette européenne obligatoire depuis mai 2021, affichée aux côtés de l'adhérence sur sol mouillé et du bruit ; les classes F et G ont disparu avec la réforme de l'étiquette.
- Plusieurs facteurs influencent cette résistance, comme la composition de la gomme, la rigidité des flancs, le poids de la roue et l'état de la route, avec un écart estimé à environ 0,1 litre pour 100 km par classe, ce qui peut représenter plusieurs dizaines de litres par an pour un gros rouleur entre un pneu classé A et un pneu classé E.
- Réduire la résistance au roulement peut affecter l'adhérence ou la durée de vie du pneu, donc il vaut mieux comparer les trois critères de l'étiquette ensemble et les rapporter à son usage réel, qu'il soit urbain ou autoroutier.
La résistance au roulement, c'est quoi ?
Quand vous roulez, le pneu se déforme, sous le poids du véhicule. Cette déformation crée une résistance que le moteur doit compenser pour maintenir votre allure. C'est cette énergie perdue qu'on appelle la résistance au roulement.
Le phénomène a un nom technique : l'hystérèse. C'est la capacité du caoutchouc à absorber de l'énergie quand il se déforme, sans la restituer entièrement quand il reprend sa forme. Cette énergie non restituée se transforme en chaleur, et c'est elle que le moteur doit compenser en carburant supplémentaire. Autrement dit : un pneu économe est un pneu dont la gomme se déforme le moins possible tout en gardant un bon contact avec la route.
Elle s'inscrit dans un ensemble plus large, la résistance à l'avancement, qui regroupe aussi l'inertie du véhicule et la résistance aérodynamique. La résistance au roulement en est un des leviers, et c'est le seul sur lequel le choix du pneu a une influence directe.
Comment est-elle mesurée ?
La mesure suit une norme internationale, l'ISO 28580. Le test se déroule en laboratoire, à 25 °C, sur un banc équipé d'un cylindre. Le principe :
1. Le cylindre tourne à vide, et on mesure la force nécessaire pour l'entraîner
2. Le pneu est ensuite appliqué sur le cylindre, avec une charge et une pression normalisée, et on mesure à nouveau la force nécessaire
3. La différence entre les deux mesures donne le coefficient de résistance au roulement, exprimé en kg/tonne
C'est ce coefficient qui sert de base au classement A à E sur l'étiquette européenne.
Quels sont les facteurs qui influencent la résistance au roulement ?
Plusieurs éléments jouent sur le coefficient, du côté du fabricant comme du côté du consommateur :
| Facteur | Effet |
| Composition de la gomme | Une teneur élevée en silice réduit généralement la résistance au roulement |
| Rigidité des flancs | Des flancs plus rigides se déforment moins et limitent les pertes d'énergie |
| Poids de la roue (jante + pneu) | Une roue plus légère demande moins d'énergie pour être mise en mouvement |
| Revêtement routier | Une route dégradée augmente la résistance au roulement |
Ces éléments expliquent pourquoi deux pneus de la même taille peuvent afficher des classes différentes sur l'étiquette.
Quel est l'impact réel sur la consommation ?
Ce n'est pas qu'une donnée théorique. D'une classe à l'autre sur l'étiquette, la différence de consommation est d'environ 0,1 litre pour 100 km parcourus. Sur un budget carburant annuel, l'écart entre un pneu classé A et un pneu classé E peut donc représenter plusieurs litres, voire plusieurs dizaines de litres pour un gros rouleur.
À noter : la résistance au roulement n'est pas constante sur un trajet. Elle est plus élevée avec des pneus froids, puis diminue une fois les pneus montés en température, généralement après quelques kilomètres. C'est une des raisons pour lesquelles les trajets courts et répétés consomment proportionnellement plus que les longs trajets.
Comment la lire sur l'étiquette ?
Depuis mai 2021, tous les pneus vendus dans l'Union européenne affichent une étiquette obligatoire avec trois critères : la résistance au roulement, l'adhérence sur sol mouillé et le bruit extérieur. La résistance au roulement va de A (la plus efficace) à E (la moins efficace).
| Classe | Signification |
| A | Résistance au roulement la plus faible, consommation optimisée |
| B - C | Bon compromis, la majorité des pneus du marché |
| D - E | Résistance plus élevée, consommation plus importante |
Bon à savoir : les classes F et G ont disparu avec la réforme de l'étiquette. Le nouveau règlement européen a simplifié le barème pour ne garder que les classes réellement utilisées.
Faut-il sacrifier l'adhérence pour économiser du carburant ?
C'est la question à se poser avant de choisir le pneu le mieux classé sur le critère de la consommation. Réduire la résistance au roulement demande de travailler la gomme et la structure du pneu, ce qui peut jouer sur l'adhérence ou la durée de vie selon les modèles. Les manufacturiers travaillent justement cet équilibre : certaines gammes, comme l'EcoContact 6 de Continental, le Primacy 5 Energy de Michelin ou encore le Powergy 2 chez Pirelli, cherchent à limiter la résistance au roulement sans trop rogner sur le freinage. Le bon réflexe reste de comparer les trois critères de l'étiquette ensemble, pas seulement celui du carburant, et de les mettre en regard de votre usage réel (ville, autoroute, charge du véhicule).
En résumé
Si vous roulez beaucoup sur autoroute ou avec un véhicule chargé, privilégier une classe A ou B a un vrai sens économique. Pour un usage urbain occasionnel, l'écart se ressentira moins sur votre budget, et d'autres critères (adhérence, durabilité) peuvent peser davantage dans le choix.
Foire aux questions : on vous répond
Indirectement. Les mêmes leviers qui réduisent la résistance au roulement (composition de la gomme, rigidité des flancs, dessin de la bande de roulement) peuvent aussi influencer la durée de vie du pneu. Un composé optimisé pour rouler avec moins de résistance n'est pas automatiquement moins résistant à l'usure : certains manufacturiers parviennent à combiner les deux, d'autres font un compromis. Le lien n'est donc pas systématique, il dépend de la conception de chaque modèle. C'est pourquoi il vaut mieux comparer le kilométrage annoncé et les avis utilisateurs plutôt que de déduire l'usure à partir de la seule note de résistance au roulement.
Pas nécessairement. La note de la résistance au roulement dépend de la technologie utilisée dans le pneu (composés, structure interne, conception de la bande de roulement), pas de son positionnement tarifaire. On trouve des pneus classe A dans des gammes premium comme dans des gammes plus accessibles, et inversement certains pneus haut de gamme privilégient d'autres critères (adhérence, confort) au détriment de la résistance au roulement. Le prix reflète davantage le positionnement global du manufacturier et le niveau de performance sur l'ensemble des critères que la seule note de résistance au roulement.
Oui, en partie. Une pression de gonflage correcte limite la déformation du pneu au contact de la route, ce qui réduit la résistance au roulement. Un sous-gonflage, même léger, l'augmente sensiblement et fait grimper la consommation de carburant ou d'énergie. Vérifier la pression une fois par mois, et avant un long trajet, permet de rester proche des performances annoncées par le fabricant. L'entretien général du véhicule (parallélisme, équilibrage) joue aussi un rôle, dans une moindre mesure.
Le test est réalisé en laboratoire, sur un tambour, dans des conditions normalisées définies par le règlement européen. Le pneu est monté sur une jante de référence, gonflé à une pression fixée et chargé à un poids donné, puis on mesure l'énergie qu'il faut fournir pour le faire rouler à vitesse constante. Plus cette énergie est faible, meilleure est la note. Le résultat est ensuite converti en classe, de A (meilleure efficacité) à E. Cette méthode garantit que tous les pneus vendus en Europe sont comparés dans les mêmes conditions, indépendamment du manufacturier.
Non, la classe de résistance au roulement ne mesure pas la sécurité du pneu. Un pneu E consomme simplement plus d'énergie qu'un pneu A, à dimension et usage équivalents. La sécurité dépend surtout de l'adhérence sur sol mouillé, notée séparément sur l'étiquette (de A à E également), et de l'état général du pneu (usure, pression, âge). Un pneu peut donc afficher une résistance au roulement moyenne tout en étant très bien noté sur l'adhérence.